Par Mohammad Abdelaziz
KHARTOUM, 30 Novembre (KUNA) -- Parallèlement à l’afflux, ces derniers mois, de centaines de milliers de personnes fuyant les combats à El-Fasher vers la localité de Tawila dans le Nord-Darfour, dans l’une des vagues de déplacement les plus rapides enregistrées cette année au Soudan, l’aide koweïtienne dessine un horizon porteur d’espoir pour éviter un effondrement humanitaire imminent.
Les équipes sur le terrain estiment qu’environ 379 milles nouveaux déplacés sont arrivés à Tawila depuis avril 2025, localité située à quelque 60 kilomètres à l’ouest d’El-Fasher, portant le nombre total de déplacés à près de 700 milles personnes après la prise de la ville par les Forces de soutien rapide fin octobre.
Des travailleurs humanitaires ont indiqué que le rythme des arrivées a atteint un niveau sans précédent, faisant de Tawila l’un des foyers de déplacement les plus saturés du Soudan en 2025, alors que des milliers de familles continuent d’affluer chaque semaine dans un contexte de pénurie aiguë d’eau, de nourriture et de services de santé.
Face à l’effondrement généralisé des services de santé dans la localité, le Fonds koweïtien d’aide aux malades a intensifié ses actions sur le terrain, affirmant vouloir combler une partie du déficit sanitaire urgent.
Le directeur exécutif du Fonds, Abdelmajid Fadl Allah, a indiqué à l’Agence de presse du Koweït (KUNA) que les équipes médicales ont mené, au cours des dernières semaines, une série d’interventions d’urgence, notamment la mise en place de cliniques mobiles pour assurer les soins primaires, les examens médicaux, le soutien psychologique, la sensibilisation sanitaire, ainsi que le dépistage précoce des maladies chroniques et la distribution de compléments alimentaires thérapeutiques et préventifs.
Le bureau régional du Fonds poursuit ses opérations au Nord-Darfour depuis le début de la guerre, transférant ensuite ses activités vers Tawila après la chute d’El-Fasher, où il a mis en place un point médical fournissant des services de santé publique, de nutrition et de lutte contre les maladies épidémiques.
L’UNICEF a exprimé une vive inquiétude face à la dégradation rapide de la situation, soulignant que Tawila est devenue le principal point de rassemblement des déplacés ayant fui El-Fasher après sa prise par les Forces de soutien rapide le 26 octobre.
Le représentant de l’UNICEF au Soudan, Sheldon Yett, a indiqué, à l’issue d’une visite de terrain, que « la situation s’aggrave de jour en jour », évoquant des scènes d’enfants et de mères arrivant dans un état d’épuisement, de faim et de traumatisme psychologique.
Il a ajouté que les équipes de l’UNICEF ont examiné environ 2200 enfants souffrant de malnutrition ces derniers jours, alors que les besoins en eau potable, assainissement, soins médicaux, campagnes de vaccination et soutien psychosocial ne cessent d’augmenter.
De son côté, le responsable des affaires humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, a dit que les souffrances des déplacés au Nord-Darfour sont « indescriptibles », affirmant : « plus de la moitié des survivants sont des enfants… Ils portent des récits terrifiants de violences atroces. Le monde ne les a pas protégés et nous devons en faire davantage. »
L’Organisation internationale pour les migrations estime que le nombre de personnes ayant fui El-Fasher et les villages voisins depuis la prise de la ville dépasse 99 000 déplacés.
Ses données indiquent que 98% des familles à Tawila manquent des biens les plus essentiels pour dormir et que la plupart dorment à même le sol, exposés à des risques accrus de violences et d’exploitation, notamment pour les femmes et les filles.
Parallèlement, l’Association des médecins soudanais aux États-Unis (SAPA) a indiqué que Tawila est devenue, depuis avril 2025, le principal centre d’accueil des déplacés au Nord-Darfour.
Le coordinateur des projets de SAPA au Darfour, Ibrahim Yaqoub, a informé KUNA que la localité « a vu ses arrivées doubler », plus de 80 milles nouveaux déplacés ayant rejoint la zone après la prise d’El-Fasher par les Forces de soutien rapide.
Un rapport de SAPA révèle des chiffres alarmants sur l’ampleur de la crise humanitaire : 45% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, un taux atteignant 70% dans les zones reculées, tandis que la moitié des familles sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère et que 15 à 26% font face à un niveau modéré d’insécurité alimentaire.
Moins de 10% des familles accèdent à de l’eau potable, tandis que 72% dépendent de sources superficielles contaminées. Environ 72% des habitants nécessitent des soins médicaux, dont la moitié ne peut y accéder.
Malgré l’ampleur des besoins, SAPA a mis en œuvre un large éventail d’interventions humanitaires, comprenant l’exploitation de 879 cliniques mobiles, le traitement de 64800 enfants, la fourniture de 70600 services aux mères et nouveau-nés, la vaccination de 38200 enfants, la réhabilitation de 32 établissements de santé et la formation de 3010 personnels médicaux.
L’association a également offert des traitements à près de 892986 patients, distribué 2 millions de repas, 1,8 million de repas thérapeutiques, 379 000 rations alimentaires, construit ou réhabilité 1 500 abris temporaires et 1 500 installations d’hébergement, ainsi que distribué 652 000 couvertures et soutenu 110 centres de santé et 1 446 établissements du réseau de soins maternels.
SAPA met en garde contre un risque d’explosion de la situation si la communauté internationale ne se mobilise pas rapidement pour combler le déficit humanitaire croissant. (Fin)(M.A)(A.H)