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Le Soudan entre en 2026 dans un conflit sans issue

Une scène des combats au Soudan entre l'armée et les Forces de soutien rapide
Une scène des combats au Soudan entre l'armée et les Forces de soutien rapide

Par Mohammed Abdelaziz

KHARTOUM, 9 Janvier (KUNA) -- Le Soudan aborde l’année 2026 alors qu’un conflit prolongé se poursuit sans perspective claire de résolution. Loin de s’atténuer, la crise s’aggrave, entraînant le pays dans une impasse militaire et une fragmentation politique croissantes, sur fond d’une crise humanitaire sans précédent dans son histoire moderne.

Depuis le déclenchement des affrontements en avril 2023, le conflit, initialement limité à une confrontation entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), s’est transformé en une guerre aux multiples dimensions. Ce qui n’était au départ qu’une lutte de pouvoir a rapidement évolué vers un conflit généralisé, alimenté par la rivalité pour le contrôle des villes, des ressources et des lignes d’approvisionnement, et marqué par de graves violations des droits humains.

Cette situation a considérablement alourdi le coût humain du conflit, avec des millions de personnes déplacées, l’effondrement des infrastructures sanitaires et une crise alimentaire qui menace de s’aggraver dans les mois à venir.

Le Darfour figure parmi les théâtres les plus tragiques de cette guerre. Une mission humanitaire des Nations Unies s’est rendue à El Fasher pour la première fois depuis la prise de la ville par les FSR en octobre 2015, décrivant la situation comme « catastrophique ». La population y souffre de pénuries aiguës de nourriture, d’abris, de soins médicaux et d’eau potable, tandis que les violations des droits de l’homme y sont largement répandues.

Cette réalité illustre la mutation du conflit, passé d’une confrontation militaire classique à une véritable guerre contre les conditions de vie dans les zones urbaines, caractérisée par la coupure des routes, la perturbation des marchés et le ciblage des infrastructures sanitaires et humanitaires.

Selon des estimations récentes, entre 12 et 13 millions de personnes ont été déplacées ou contraintes à l’exil depuis le début de la guerre, faisant de la crise soudanaise l’une des plus importantes crises de déplacement de population dans le monde. Le Programme alimentaire mondial a averti que la situation alimentaire devrait se détériorer à partir de février 2026, à mesure que les stocks s’épuisent et que les combats se poursuivent, rendant indispensable l’ouverture de couloirs humanitaires sécurisés.

Alors que l’état-major soudanais estime que 2026 pourrait constituer un tournant dans l’équilibre des forces, au vu des gains militaires enregistrés ces derniers mois, notamment la reprise de Khartoum, de Gezira, de Sennar et de certaines zones des États du Nil, du Nil Blanc et du Kordofan du Nord, le journaliste Al-Tahir Sati a indiqué à l’Agence de presse du Koweït (KUNA) que l’armée n’a pas rejeté, sur le principe, les initiatives de règlement sérieuses. Il a cité en particulier celles proposées dans le cadre de la Plateforme de Djeddah, qui prévoient le retrait des forces des villes, la protection des civils et la réduction des dommages humanitaires.

Sati a toutefois précisé que cette ouverture reste conditionnée par la préservation de l’unité de l’État et le maintien du monopole des armes au sein d’une institution militaire centrale, affirmant que tout règlement n’aboutissant pas à l’intégration des FSR dans une structure unifiée demeure inacceptable.

Dans une analyse différente, le militant politique Najmeddine Dreesah a relativisé, dans une déclaration à KUNA, la portée stratégique de ces gains militaires, les considérant comme de simples ajustements localisés de la carte du contrôle territorial. Il a souligné que les FSR conservent une capacité de mouvement et d’influence dans plusieurs régions de l’ouest du Soudan, ce qui limite l’impact des avancées militaires sur l’issue globale du conflit.

Cette lecture militaire se heurte néanmoins à une réalité politique plus complexe, selon l’analyste Izzat Khairi, qui a estimé dans une déclaration à KUNA que le conflit a depuis longtemps dépassé le cadre d’une solution militaire et s’inscrit désormais dans une phase d’« équilibre négatif ». Selon lui, la situation sur le terrain consacre une impasse militaire qui prolonge la guerre sans perspective de dénouement décisif.

Khairi a relevé l’influence croissante de groupes armés locaux, qu’il qualifie de « milices régionales », davantage orientées vers le contrôle territorial et la domination locale que vers une solution nationale.

Les analystes avertissent ainsi que le Soudan se rapproche d’un scénario de « partition non déclarée », les Forces de soutien rapide contrôlant le Darfour et certaines parties du Kordofan à l’ouest du pays, tandis que l’armée consolide son emprise sur l’est et le nord, parallèlement à l’émergence de forces locales indépendantes dans plusieurs régions.

Khairi a mis en garde contre le risque que la poursuite de la guerre sans règlement politique ne renforce ces sphères d’influence distinctes, quel que soit le camp dominant. Dans le même esprit, les observateurs estiment qu’il est illusoire de miser sur une victoire militaire ou sur une stabilité imposée par la domination d’une seule partie.

Dreesah a souligné que l’absence d’une volonté internationale coordonnée réduit considérablement les chances d’un règlement à court terme, laissant entendre que la crise continuera d’être gérée plutôt que résolue. Khairi a, pour sa part, averti que l’absence d’une approche réaliste en 2026 pourrait plonger le Soudan dans un scénario encore plus coûteux, où la catastrophe humanitaire se conjuguerait à des menaces directes pour la sécurité des pays voisins et des partenaires internationaux, de plus en plus inquiets des répercussions du chaos soudanais. (Fin) (M.M.) (Kh.J.)