Par Alaa Al-Huwaijel
BAGDAD, 11 Janvier (KUNA) — Alors que les Irakiens attendent la formation d’un nouveau gouvernement pour gérer le pays à la suite des élections du 11 novembre dernier, une série de mesures d’austérité soudaines et accélérées imposées par le gouvernement chargé de l’expédition des affaires courantes, dirigé par le Premier ministre Mohammad Al-Soudani, refait surface. Ces mesures ont suscité des réactions contrastées et des lectures divergentes quant à la situation économique générale d’un pays qui détient la quatrième plus grande réserve de pétrole au monde et qui est le deuxième plus grand producteur au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
L’observateur ne peut manquer de constater, ces derniers jours, un déplacement de l’intérêt collectif des dossiers sécuritaires, de la lutte contre le terrorisme et des rivalités politiques vers les questions économiques, fiscales et de politiques financières. Les espaces médiatiques et les réseaux sociaux ont été inondés de plaintes de citoyens dénonçant des hausses soudaines et variables des tarifs de l’eau et de l’électricité, ainsi que des frais et des impôts. Des entrepreneurs ont manifesté pour réclamer le paiement de leurs créances financières en retard, tandis que leur syndicat a menacé d’engager des poursuites judiciaires contre le gouvernement. Des fonctionnaires ont également fait état de retards de plusieurs jours dans le versement de leurs salaires mensuels.
Le chef du gouvernement chargé de l’expédition des affaires courantes, Mohammad Al-Soudani, a poursuivi l’application de politiques économiques strictes afin de contenir la crise financière dans le pays. À cette fin, il a tenu quatre réunions du Conseil ministériel de l’économie en moins d’un mois, du 15 décembre dernier au 5 janvier en cours, portant sur divers aspects susceptibles de réduire les dépenses publiques et d’accroître les recettes financières.
Le 18 décembre dernier, Al-Soudani a également présidé une réunion spéciale consacrée au suivi de la mise en œuvre de la gouvernance du système fiscal global en Irak, donnant des directives pour l’évaluation et la restructuration de l’ensemble des systèmes de gestion fiscale, sur lesquels le gouvernement mise fortement pour augmenter les recettes de l’État.
Le gouvernement irakien a appliqué, à compter du 1er janvier en cours, la nouvelle grille tarifaire douanière, avec des hausses comprises entre 5 et 30 % sur les biens et produits importés, selon des responsables des douanes irakiennes cités par l’Agence de presse irakienne. À la mi-décembre dernier, il a également imposé une taxe de 20 % sur la recharge du crédit des téléphones mobiles et les services Internet, conformément à la décision du Conseil des ministres n° 1083 de l’année 2025.
La députée de la coalition État de droit, Mona Al-Gharabi, a indiqué dans un communiqué que les mesures économiques du gouvernement chargé de l’expédition des affaires courantes manquent de fondement légal et constitutionnel, soulignant que l’imposition et la modification des taxes et redevances relèvent des prérogatives exclusives du Conseil des représentants, conformément à l’article (28 / Premièrement) de la Constitution irakienne, qui stipule explicitement que « les taxes et redevances ne peuvent être imposées, modifiées, perçues ou exonérées que par la loi ».
Elle a ajouté : « En tant que membres du Conseil des représentants, nous ferons face à cette confusion gouvernementale, en raison de ses effets négatifs directs sur le citoyen irakien, qui vit actuellement dans un état d’inquiétude et de perplexité, à la lumière de mesures gouvernementales mal étudiées lui imposant des charges financières supplémentaires ».
L’expert financier et économique irakien Mahmoud Daghir a indiqué à l’Agence de presse du Koweït (KUNA) que les décisions économiques du gouvernement actuel n’étaient ni soudaines ni précipitées, mais le fruit de longues discussions visant à traiter les crises économiques, et qu’elles ont pour objectif de proposer des solutions appropriées en renforçant les recettes non pétrolières.
Il a également jugé que ces décisions de Bagdad seront efficaces à court terme, tout en soulignant la nécessité de mettre en place des mesures supplémentaires à moyen et long termes afin de diversifier l’économie irakienne et de transformer sa structure économique par la création de nouveaux canaux de génération de valeur ajoutée en dehors du secteur pétrolier.
Ces mesures gouvernementales s’inscrivent en harmonie avec les orientations avancées par le Fonds monétaire international dans un communiqué publié à la mi-mai de l’année dernière, à l’issue d’une mission officielle de ses experts en Irak pour rencontrer les responsables irakiens.
Les experts du Fonds ont identifié d’importantes failles dans l’économie irakienne, notamment le ralentissement de la croissance du secteur non pétrolier à 2,5 % en 2024, contre 13,8 % l’année précédente, ainsi que l’augmentation du déficit budgétaire global à 4,2 % du produit intérieur brut en 2024, contre 1,1 % l’année précédente.
Le communiqué du FMI a également signalé l’aggravation des vulnérabilités en raison de l’expansion significative des finances publiques résultant des politiques actuelles de recrutement et des coûts salariaux qui en découlent, ce qui a accentué la dépendance aux revenus pétroliers et porté le prix du baril de pétrole nécessaire à l’équilibre budgétaire à environ 84 dollars en 2024, contre 54 dollars en 2020.
Le rapport du FMI n’a pas omis la question de la corruption financière et administrative en Irak, appelant à renforcer l’efficacité de la stratégie nationale de lutte contre la corruption, à l’aligner sur les conventions internationales et les meilleures pratiques, et à consolider l’indépendance du pouvoir judiciaire afin d’assurer une application effective des lois et la protection des droits économiques. (Fin) (A.H.H) (A.L)