LE CAIRE, 12 Septembre (KUNA) -- Alors que l’Éthiopie célèbre l’inauguration du barrage de la Renaissance, dont la construction a commencé en 2011 sur le cours du Nil bleu, l’Egypte a catégoriquement affirmé son rejet des mesures éthiopiennes unilatérales pour remplir et exploiter le barrage, qui peut avoir de lourdes répercussions sur l’Egypte et le Soudan.
Certes, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a affirmé que l’exploitation du barrage, dont le budget de construction s’est élevé à environ cinq milliards de dollars, n’affectera pas le développement des pays voisins, mais l’Egypte, qui dépend presque entièrement des eaux du Nil, ne peut permettre aux Ethiopiens de gérer unilatéralement les ressources en eau.
D’ailleurs, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies, l’Egypte a souligné son droit de réserver toutes les mesures garanties par le droit international et la Charte des Nations unies pour défendre les intérêts existentiels de son peuple.
Il faut rappeler que toutes les tentatives de médiation entre les trois pays (Egypte, Éthiopie et Soudan) menées successivement par les Etats-Unis, la Banque mondiale, la Russie, les Emirats arabes unis et l’Union africaine ont échoué, l’Éthiopie ignorant tout appel à un accord juridique contraignant pour déterminer les règles de remplissage et d’exploitation du barrage. D’où l’attention se tourne actuellement vers les voies de solution disponibles pour l’Egypte afin de contenir cette crise qui menace la stabilité de la région.
Dans ce contexte, l’ancien ministre adjoint des Affaires étrangères égyptien et vice-président du Conseil égyptien pour les affaires africaines, Salah Halima, a indiqué à l’Agence de presse du Koweït (KUNA) que la construction et le remplissage du barrage de la Renaissance sont illégaux et illégitimes en raison de la violation claire par l’Ethiopie des lois, chartes et accords internationaux pertinents, en particulier les accords de 1902 et 1903 et la Déclaration de principes de 2015.
Halima a ajouté que la construction du barrage est un « dommage grave qui menace la vie et l’existence de mon Etat et de mon peuple » et est considéré comme une agression qui doit être affrontée et repoussée.
Halima estime que l’Egypte n’a actuellement que trois options. Le premier est que l’Ethiopie revienne à la raison, abandonne sa politique d’actions unilatérales et coopère pleinement avec l’Egypte et le Soudan conformément aux accords, lois et conventions internationales afin de parvenir à un accord juridique équitable et juste pour le processus de remplissage.
La deuxième option serait un médiateur équitable, se référant aux déclarations du président américain, Donald Trump, sur la possibilité qu’il joue un rôle dans le règlement de ce conflit, à condition que ce dernier ne fait pas de chantage politique.
La troisième est le recours aux Nations unies et au Conseil de sécurité ; une voie que l’Egypte a déjà suivi.
Il a souligné que l’Egypte épuisera tous les moyens amicaux pour résoudre le conflit par des moyens pacifiques conformes au droit international et à l’article 10 de la Déclaration de principes, d’autant plus que le Nil bleu est un fleuve international « avec une souveraineté partagée », et donc les actions unilatérales et l’imposition d’un fait accompli sont complètement éliminées.
Halima a souligné que l’objectif principal de la construction du barrage n’est pas uniquement le développement comme le prétend l’Ethiopie, « un objectif que l’Egypte comprend et soutient », mais plutôt le contrôle de l’eau à destination de l’Egypte et du Soudan.
De son côté, l’ancien ministre adjoint des Affaires étrangères, Mohamed Hejazi, a confirmé à KUNA que l’inauguration du barrage de la Renaissance est une violation flagrante des obligations de l’Ethiopie en vertu des principes du droit international régissant les cours d’eau transfrontaliers et une violation évidente du principe de bonne foi et de coopération entre les pays riverains du rivière internationale commune.
Il a ajouté que la poursuite de l’approche unilatérale de l’Ethiopie constitue une menace directe pour la sécurité et la stabilité dans la région et expose les intérêts et les droits de plus de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais qui dépendent du Nil.
Il a affirmé que l’Egypte n’hésitera pas à défendre ses droits historiques et juridiques acquis et établis au fil des siècles sur les eaux du Nil, et qu’elle réserve tous ses droits de prendre toutes mesures politiques, diplomatiques ou juridiques qu’elle jugera appropriées, et même toute autre mesure, y compris les options offertes par la Charte des Nations unies aux pays lorsque leurs intérêts et leur sécurité nationale sont attaqués si l’imposition d’un fait accompli par l’Ethiopie se poursuit, afin de protéger sa sécurité nationale et de sauvegarder les intérêts de son peuple. (Fin)(A.M.)(O.K.)